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6. mai 2026

« Qu'est-ce que tu as fait pour qu'il te frappe ? » — Quand les mots blessent plus que les coups

Il y a des phrases qui laissent des traces plus profondes que les blessures physiques. Des mots prononcés avec les meilleures intentions du monde, qui contiennent pourtant le pire des verdicts.

Quand j'ai commencé à parler de ce que j'avais traversé — les violences conjugales, l'hématome au cerveau, la peur de mourir — la première réaction de certains proches n'a pas été la compassion. C'était une question. Une seule :

« Mais qu'est-ce que tu as fait pour qu'il te frappe ? »

Le verdict caché derrière la question

Cette phrase, je l'ai portée pendant des mois. Elle m'a accompagnée comme une seconde blessure, plus sourde que l'hématome, mais tout aussi tenace. Elle disait, en creux, que quelque chose en moi avait provoqué ce qui m'était arrivé. Que j'étais, d'une façon ou d'une autre, responsable de ma propre destruction.

Si une femme qui a failli mourir des mains de son mari se retrouve à devoir se justifier, alors quelque chose, quelque part, s'est profondément trompé.

Cette question n'est jamais posée à la victime d'un accident de voiture. On ne demande pas au passant renversé sur un trottoir ce qu'il a fait pour mériter d'être percuté. Mais face aux violences conjugales, un mécanisme étrange se met en place : on cherche la responsabilité de celle qui a reçu les coups. Comme si la violence d'un autre pouvait se justifier par le comportement de sa victime.

La culpabilité qui ne vous appartient pas

Dans un contexte de violences, la culpabilité est particulièrement perverse. Elle est souvent une arme que le conjoint violent utilise lui-même : « tu m'as poussé à bout », « c'est ta façon d'être qui provoque ça ». Ces phrases, entendues encore et encore, finissent par s'installer comme des vérités. On commence à se demander si c'est vrai. Si on est, d'une certaine manière, responsable de la violence qu'on a subie.

La réponse est non. Catégoriquement non.

La violence d'un autre n'est jamais la faute de celle qui la reçoit. Ce n'est pas une opinion — c'est une vérité morale, juridique et théologique. Dieu ne rend pas une femme responsable des coups que son mari lui porte.

La vraie question n'est pas « aurais-je pu faire mieux ? ». Elle est : « qu'est-ce que j'aurais eu besoin d'entendre, de recevoir, d'être accompagnée pour traverser tout cela ? » Et cette question-là regarde vers l'avenir, pas vers le passé.

Le poids du tabou culturel et religieux

Dans certaines communautés, le divorce reste un tabou absolu. J'ai enduré longtemps parce que je ne voulais pas divorcer. J'étais même prête à rester malgré la violence si mon ex-mari avait montré un quelconque remords. Mon corps avait fait un rejet de sa voix en faisant des crises d'angoisse, mais j'avais commencé à écrire des points sur lesquels travailler ensemble.

Ce conditionnement — rester à tout prix, endurer au nom de l'alliance — est profondément ancré dans certaines traditions. Il ne naît pas d'une mauvaise intention. Il vient d'une lecture du monde, d'une foi parfois rigide dans ce qu'elle croit protéger. Mais pour celle qui a failli mourir dans ce mariage, entendre qu'elle aurait dû rester est une violence supplémentaire. Une violence douce, involontaire, mais réelle.

Ce que l'Église peut faire différemment

Mon livre est né, en partie, de cette phrase. De tout ce qu'elle révèle sur la manière dont nous — chrétiens, communautés, familles — parlons du mariage, de la femme, de la violence et du divorce.

Mais je ne suis pas venue écrire un texte de colère. La colère, j'ai eu le temps de la traverser, de la déposer, de lui parler. Ce que je veux, c'est quelque chose de plus difficile et de plus durable : comprendre. Comprendre pourquoi l'Église — que j'aime, que je n'ai pas quittée malgré tout — peut parfois blesser si profondément ceux qu'elle devrait relever en premier.

Il est possible de faire mieux. Voici quelques pistes concrètes :

Remplacez la question par la présence. Au lieu de chercher à comprendre « ce qui s'est passé », commencez par reconnaître la souffrance. Un simple « je suis là » vaut mille fois mieux qu'une enquête.

Formez-vous. Beaucoup de pasteurs et de responsables n'ont jamais appris à accompagner quelqu'un en situation de violence conjugale. Ce manque de formation conduit à des réponses maladroites qui ajoutent de la douleur à la douleur.

Distinguez accueil et approbation. On peut pleurer avec quelqu'un sans cautionner le divorce lui-même. La compassion et la conviction peuvent coexister.

À celle qui lit ces lignes

Si vous portez cette question en vous — si quelqu'un vous l'a posée, ou si vous vous la posez vous-même — je veux que vous entendiez clairement : vous n'avez rien fait pour mériter ce qui vous est arrivé. Rien.

Ce que vous faites chaque jour — vous lever, tenir debout, prendre soin de vos enfants, continuer à chercher Dieu malgré tout — est courageux. Et vous n'êtes pas seule.

Le Psaume 34:19 dit : « L'Éternel est près de ceux qui ont le cœur brisé, et il sauve ceux qui ont l'esprit dans l'abattement. »

Il ne dit pas que les cœurs ne se brisent pas. Il dit que Dieu est proche lorsqu'ils se brisent. C'est une promesse qui ne demande aucune justification de votre part. Elle est là, pour vous, exactement comme vous êtes.

Si cet article vous parle, partagez-le. Si quelqu'un autour de vous traverse une situation similaire, envoyez-lui ce lien. Parfois, savoir qu'on n'est pas seul(e) change tout. Retrouvez ces réflexions et bien d'autres dans le livre « Divorce au sein de l'Église, et si on en parlait ? » qui sortira bientôt.

Laissez-moi vos ressentis en commentaires ou envoyez moi un mail.

Hélène LAPLANTE
Chrétienne, comptable, maman de 3 enfants.

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