5. mai 2026
Il y a une vie après le divorce : mon histoire
Il y a des phrases qui arrivent au bon moment et qui changent tout. Pas des discours savants. Pas des démonstrations théologiques. Juste une phrase, prononcée par quelqu'un qui vous regarde en face et qui croit ce qu'il dit.
Le 5 novembre 2023, mon pasteur m'a dit :
« Il y a une vie après le divorce. »
J'ai failli pleurer. Pas de tristesse — de soulagement. Parce que cette phrase disait enfin ce que j'avais cherché à entendre depuis des années, dans des livres qui n'existaient pas, dans des sermons qui évitaient le sujet, dans des communautés qui ne savaient pas quoi faire de moi.
Aujourd'hui, je veux vous raconter mon histoire. Pas pour me plaindre. Pas pour accuser. Mais parce que je sais qu'il y a des femmes — et des hommes — qui lisent ces lignes en ce moment et qui ont besoin d'entendre exactement la même chose que moi ce jour-là.
Le mariage dont je n'imaginais pas la fin
Je suis chrétienne depuis de nombreuses années. Quand je me suis mariée, je croyais de tout mon cœur que c'était pour la vie. J'avais entendu des dizaines de sermons sur le mariage — sur l'alliance, sur la fidélité, sur ce que Dieu unit que l'homme ne doit pas séparer. Je connaissais les versets. Je les avais faits miens.
Je ne croyais pas au divorce. Pas par manque de réflexion — par conviction profonde. Et cette conviction, pendant des années, m'a fait rester dans une situation qui me détruisait.
Mon mari était violent. Pas aux yeux du monde — dehors, il était charmant, attentionné, le mari parfait. Ma propre amie d'enfance avait du mal à me croire quand je lui parlais de ce qui se passait derrière les portes fermées. C'est l'une des réalités les plus déstabilisantes de la violence conjugale : le conjoint violent choisit ses espaces. Il gère son image. Et pendant ce temps, vous portez seule ce que personne ne voit.
Je ne parlais pas. Je faisais bonne mine. Je souriais à l'église le dimanche et je mourais à petit feu à l'intérieur.
Le jour qui a tout changé
Il y a eu un jour qui a changé le cours de ma vie. Mon mari m'a battue. Il a failli me tuer. J'ai eu un hématome au cerveau.
Je mets ces mots sur la page sans les habiller, parce qu'ils méritent d'exister clairement, sans euphémisme. Pas pour choquer — pour nommer. Parce que nommer est déjà un acte de courage, et parce que trop de femmes vivent ce que j'ai vécu sans jamais oser l'appeler par son nom.
Six ans après, je prends encore des médicaments pour les douleurs dans la tête. Mon corps garde la mémoire de cette nuit-là. C'est une réalité quotidienne, discrète, que personne ne voit — mais que je vis chaque jour.
Ce que l'Église m'a dit — et ce que ça m'a coûté
Quand j'ai commencé à parler, prudemment, les réponses n'ont pas manqué dans mon entourage chrétien. Elles étaient sincères. Elles venaient de personnes qui m'aimaient. Et elles m'ont enfoncée quand même.
« Est-ce que tu pries pour ton mari ? »
« Il faut jeûner. »
« J'ai connu un couple où le mari était bien pire — elle est restée en prières et aujourd'hui ils sont restaurés. »
On m'a offert des livres, des DVD. J'ai acheté War Room à la librairie chrétienne. Je l'ai regardé plusieurs fois. J'ai essayé de recopier — les post-its, le carnet de prières, la chambre de guerre spirituelle. J'ai prié. J'ai jeûné. J'ai pleuré devant Dieu plus de fois que je ne peux compter.
La situation ne s'améliorait pas. Et moi, j'intégrais peu à peu que si ça ne changeait pas, c'était peut-être que je ne priais pas assez. Pas assez bien. Pas assez fort.
C'est le piège le plus cruel que l'Église puisse tendre, sans le vouloir : faire croire à une femme en danger que sa délivrance dépend de la qualité de sa prière.
La séparation, puis le divorce — trois ans de procédure
Quand j'ai finalement quitté, j'ai trouvé une nouvelle église. Et là, j'ai commis une erreur que je nomme sans me culpabiliser, mais que je nomme quand même : j'ai précipité les choses. Je suis retournée vivre avec lui sans prendre le temps de programmer des conseils pastoraux, sans m'assurer qu'un accompagnement serait en place.
Le jour dont je vous ai parlé a eu lieu après ce retour.
La procédure de divorce a duré trois ans. Le Covid avait allongé les délais. Pendant tout ce temps, sur le papier, il était encore mon mari. Je portais encore mon alliance à certains événements familiaux. Quand les proches envoyaient des salutations à « mon mari », je souriais. Ce n'était pas un mensonge — légalement, ça l'était encore. C'était surtout une façon de ne pas avoir à tout expliquer, à chaque fois, à tout le monde.
Les 40 jours de jeûne — et comment Dieu m'a tenue
La Providence a un sens du timing que je n'arrive toujours pas à expliquer autrement que par la grâce. Les 40 jours de jeûne du ministère Tabernacle de Gloire ont commencé début juin 2020 — exactement au moment où ma séparation devenait réelle et irréversible.
Je ne pouvais pas prononcer une seule phrase sans pleurer. Pas même une prière. Et pourtant, je jeûnais. Je me levais. Je cherchais Dieu dans cet état-là — brisée, médicamentée, en larmes.
J'ai chanté. Des albums de Tasha Cobbs Leonard et de Mercy Chinwo sortaient à cette époque. Ces voix ont été comme une présence dans ma maison quand je ne savais plus comment tenir. Je chantais, et parfois les larmes sortaient sans que je les contrôle — pas de tristesse seulement, mais de quelque chose qui se desserrait, quelque chose que la douleur avait noué et que la louange défaisait doucement.
J'étais ravie d'être en vie.
Cette phrase peut sembler simple. Elle ne l'est pas. Après ce que j'avais traversé, être en vie était déjà une grâce immense. Et la reconnaître comme telle, la chanter — c'était déjà reconstruire.
Mes enfants — ma raison de me relever
Si je suis honnête sur ce qui m'a fait avancer dans les pires moments, ce n'est pas d'abord une révélation spirituelle. C'est un constat très simple, très concret :
Mes enfants n'ont que moi. Je n'ai pas le choix. Il faut avancer.
Mon fils cadet entrait à la maternelle. Mon aîné était encore au lycée. Ma fille reprenait des études pour devenir aide-soignante. Trois trajectoires vivantes qui avaient besoin que je sois là — pas parfaite, pas guérie complètement, mais là.
L'amour maternel a été, dans ces mois-là, ma théologie la plus immédiate. Et je ne rougis pas de le dire.
Ce que j'ai appris sur Dieu que je ne savais pas avant
Cette épreuve a fait quelque chose que les années de foi tranquille n'avaient pas fait : elle m'a amenée à prendre Dieu au sérieux. À le connaître vraiment — non plus comme une doctrine, mais comme une présence.
Sa bonté, que j'avais confessée pendant des années, est devenue réelle dans mes mains. Sa fidélité, une expérience que je ne peux plus nier. Sa compassion sans faille. Son amour agapé — cet amour qui ne se retire pas quand on est au plus bas.
Je suis tombée plusieurs fois. Et chaque fois, il y a eu un relèvement. Pas toujours spectaculaire. Pas toujours immédiat. Mais réel.
Le Psaume 34:2 dit : « Je bénirai l'Éternel en tout temps ; sa louange sera toujours dans ma bouche. »
Ces mots, je les ai vécus dans la chair. Pas comme une belle formule — comme une décision prise chaque matin, même quand rien ne justifiait la louange en apparence.
Le 5 novembre 2023 — une phrase qui a tout ouvert
Quand je suis entrée pour la première fois dans mon église actuelle, à ICC Massy-Palaiseau, j'étais prudente. J'avais appris à l'être. J'avais appris que les communautés chrétiennes peuvent accueillir — mais qu'elles peuvent aussi blesser davantage, selon les mots qu'on y prononce.
Ce jour-là, le pasteur Emmanuel Mordiva m'a dit quelque chose de simple. Une phrase. Et quelque chose en moi, qui était fermé depuis longtemps, s'est rouvert.
« Il y a une vie après le divorce. »
Je me suis sentie acceptée. Pas malgré ce que j'avais traversé — avec ce que j'avais traversé. Ce n'est pas la même chose. La première posture met la douleur entre parenthèses. La seconde la reconnaît comme une partie réelle de qui on est, sans en faire une étiquette définitive.
Cette phrase a été comme un baume. Elle n'a pas tout réparé d'un coup. Rien ne répare tout d'un coup. Mais elle a ouvert une porte. Elle a rendu possible la suite.
Pourquoi j'ai écrit un livre
Pendant six ans, j'ai cherché une ressource pour les divorcés chrétiens. Des livres sur le mariage — il y en avait des rayons entiers. Des séminaires sur le célibat, des camps sur la famille — la liste était longue. Mais pour ceux qui n'étaient plus ni vraiment célibataires ni plus mariés, pour ceux qui portaient le divorce dans une communauté qui ne savait pas quoi en faire — le silence était assourdissant.
Je n'ai pas trouvé ce livre. Alors je l'ai écrit.
Il s'appelle — comme cette phrase qui a changé ma trajectoire. Il parle du silence de l'Église, de la relecture honnête des textes bibliques, du deuil, de la culpabilité, de la reconstruction intérieure et spirituelle. Il parle de violence conjugale, de coparentalité forcée, du regard des autres. Et il parle d'espérance — réelle, concrète, ancrée.
Il n'absout pas. Il ne condamne pas. Il accompagne.
Et vous ?
Si vous lisez ces lignes et que vous vous reconnaissez — dans la douleur, dans le silence, dans cette impression de n'avoir de place nulle part — je veux vous dire quelque chose.
Vous n'avez pas à porter cela seule. Vous n'avez pas à vous justifier pour souffrir. Et vous n'avez pas à rester au sol parce que vous êtes tombée.
Les bontés de Dieu ne sont pas épuisées. Ses compassions se renouvellent chaque matin — y compris ce matin.
Il y a une vie après le divorce.
Je le sais. Je la vis.
Hélène LAPLANTE
Chrétienne, comptable, maman de 3 enfants. Auteure de « Il y a une vie après le divorce ».
Waouhhhh en lisant ces quelques lignes, j’ai pleuré 😭 tu es la définition même du verset : “Il prend les choses viles de ce monde pour confondre les sages.”
Merci pour ces femmes qui vont traverser ce chemin que tu as eu à traverser.
Le diable pensait te faire du mal mais Dieu a prit ton histoire pour te faire la Moïse de ce sujet tabou au sein de la communauté chrétienne.
Merci d’avoir combattu, merci d’exister Hélène 🙏
Merci beaucoup Kerene pour ton message, désolée je n'avais pas vu ton commentaire avant, demeures abondamment bénie ma soeur.