13. mai 2026
Divorce et remariage : ce que la Bible dit vraiment
(et ce qu'on lui fait dire)
Par Hélène Laplante
La question du remariage après un divorce est probablement celle que les chrétiens divorcés portent le plus silencieusement. Elle surgit parfois dès les premières semaines après la séparation, parfois bien des années plus tard : Est-ce que Dieu a encore un conjoint pour moi ? Ai-je le droit de refaire ma vie ? Suis-je condamné(e) au célibat à vie ?
Dans les communautés évangéliques, cette question est souvent accueillie par un silence gêné ou par des réponses tranchées qui ne tiennent pas compte de la complexité des situations humaines. Pourtant, en y regardant de plus près, l'Écriture elle-même offre un paysage bien plus nuancé que ce que l'on croit généralement.
Trois grandes lectures qui coexistent
Sur la question du divorce et du remariage, le monde chrétien n'est pas unanime. Trois grandes positions se dessinent, et il est important de les connaître pour comprendre pourquoi les réponses varient autant d'une communauté à l'autre.
Le mariage comme union inviolable. C'est la position historique de l'Église catholique et de certains théologiens protestants. Rien ne peut briser le lien conjugal sinon la mort. Le divorce est un constat civil, mais aux yeux de Dieu, les époux restent mariés. Un remariage s'apparente donc à un adultère permanent. Cette lecture s'appuie principalement sur Marc 10:9 et Romains 7:1-3.
Le mariage comme alliance assortie de responsabilités. C'est la position adoptée par la majorité des églises évangéliques et réformées. Le mariage est un engagement solennel et sacré, mais il implique des devoirs réciproques. Quand ces devoirs sont gravement violés — par l'infidélité, l'abandon ou la violence — le lien peut être considéré comme rompu. Dans ce cas, le divorce est un constat douloureux mais légitime, et le remariage est envisageable.
Le mariage comme contrat résiliable. C'est une lecture plus libérale qui considère que toute rupture, quelles qu'en soient les causes, dissout le lien et rend possible un nouveau mariage. Cette position est minoritaire dans le monde évangélique.
Ce que les textes bibliques disent réellement
Pour aborder ce sujet avec honnêteté, il faut revenir aux textes eux-mêmes, sans les réduire à des slogans.
Deutéronome 24:1-4 est le texte légal fondateur. Il ne commande pas le divorce — il le régule. Il encadre une procédure qui protège notamment l'épouse en lui conférant un statut juridique. Et il reconnaît implicitement la possibilité du remariage pour les deux parties.
Malachie 2:14-16 est souvent réduit à la formule « Dieu déteste le divorce ». Mais le texte complet dénonce bien davantage : la trahison, la violence, le mépris envers la compagne de sa jeunesse. C'est l'injustice dans le mariage que Dieu condamne — pas la femme qui fuit cette injustice.
Matthieu 19:3-12 est le passage central. Jésus y réaffirme l'idéal de Genèse 2:24 — un homme et une femme unis pour la vie. Mais il introduit aussi ce qu'on appelle « la clause d'exception » : le divorce pour cause de porneia (terme grec désignant l'immoralité sexuelle au sens large) ne constitue pas un adultère s'il est suivi d'un remariage. Jésus ne ferme donc pas totalement la porte. Et il faut noter le contexte : il s'adresse à des hommes qui répudiaient leurs femmes pour des motifs futiles, les laissant sans ressources. Sa parole protège les femmes.
1 Corinthiens 7:10-16 apporte un éclairage supplémentaire. Paul distingue deux situations. Pour les couples chrétiens, il reprend l'enseignement de Jésus : vie commune ou réconciliation. Mais pour les couples mixtes (chrétien/non-chrétien), il reconnaît que si le conjoint non-croyant veut partir, le frère ou la sœur « n'est pas lié(e) dans ce cas ». Cette expression — « n'est pas lié(e) » — est généralement comprise comme une libération du lien conjugal, ouvrant la possibilité d'un remariage.
Exode 21:10-11 est un texte moins connu mais significatif. Il établit que le mari doit assurer à sa femme nourriture, vêtement et droits conjugaux. À défaut, elle est libre de partir. Ce texte montre que dans la pensée biblique, le mariage n'est pas seulement un engagement ponctuel — c'est une responsabilité continue. Un conjoint qui détruit volontairement cette alliance par la violence ou la négligence grave ne peut pas ensuite invoquer la sacralité du mariage pour retenir l'autre.
Quand Dieu utilise l'image du divorce pour parler de trahison
Un élément souvent ignoré dans ce débat se trouve en Jérémie 3:8. Dans ce passage, Dieu utilise la métaphore de la lettre de divorce pour décrire la rupture d'alliance causée par les infidélités répétées d'Israël. Bien sûr, il ne s'agit pas d'un divorce au sens humain du terme — Dieu est saint, et Sa fidélité est sans faille. Mais le fait même qu'Il choisisse cette image est profondément révélateur.
Cela nous dit deux choses essentielles. D'abord, que Dieu comprend la douleur de la trahison. Il connaît ce que signifie aimer avec fidélité et être trahi par celui ou celle à qui on a tout donné. Ensuite, que la rupture d'une alliance par l'infidélité de l'un des partenaires est une réalité que Dieu Lui-même prend au sérieux — sans pour autant cesser d'offrir la possibilité de la repentance et de la restauration.
Si l'Écriture utilise cette image pour parler de la relation entre Dieu et Son peuple, il est difficile de soutenir que le divorce est, en toute circonstance, un péché impardonnable. La Bible le traite avec gravité, oui — mais aussi avec nuance et compassion.
La question du remariage
Si le divorce est légitime — c'est-à-dire fondé sur des causes que l'Écriture reconnaît — alors le remariage l'est aussi. C'est la conclusion logique et la position majoritaire des théologiens évangéliques. Un divorce légitime dissout complètement le lien conjugal et rend possible une nouvelle union.
Mais qu'en est-il quand le divorce n'était pas « légitime » au sens strict ? La force de la repentance entre alors en jeu. Reconnaître sa part de responsabilité, chercher la réconciliation si elle est possible, et si elle ne l'est pas (parce que l'ex-conjoint s'est remarié, par exemple), faire un véritable travail de restauration intérieure. La grâce de Dieu n'est pas réservée aux situations idéales. Elle s'adresse précisément à ceux dont la vie ne l'est pas.
Romains 8:1 le dit avec une clarté absolue : « Il n'y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ. » Aucune. Pas « aucune, sauf si vous avez divorcé ».
La violence comme rupture d'alliance
Un point mérite d'être souligné avec force : la violence conjugale constitue une rupture d'alliance. La théologienne Valérie Duval-Poujol le formule clairement — quand un mari a juré de chérir sa femme et qu'il la frappe, c'est lui qui a brisé l'alliance, pas elle qui se met en sécurité.
Dans l'Ancien Testament, certains des actes qui justifient aujourd'hui un divorce auraient entraîné la peine de mort. La question du divorce ne se posait même pas — le conjoint coupable aurait été exécuté. Quand nous interdisons le remariage à la victime de violences, nous lui imposons une double peine que la Bible elle-même n'a jamais prévue.
Ce que les Églises protestantes pratiquent
Il est éclairant de noter que l'Église protestante, dans son ensemble, n'empêche pas un nouveau mariage après un divorce. La position de l'UEPAL (Union des Églises protestantes d'Alsace et de Lorraine) est représentative : l'accompagnement pastoral et humain passe avant les principes dogmatiques. Un divorce est toujours une souffrance, et l'Église n'est là ni pour juger ni pour ajouter de la souffrance à la souffrance en culpabilisant les personnes.
Une fois le travail de deuil effectué, la bénédiction d'un nouveau mariage peut être envisagée — avec un accompagnement pastoral adapté.
Mon conseil : cherchez le Dieu du mariage
Si vous portez cette question du remariage, voici ce que je veux vous dire en toute sincérité : prenez votre temps. Ne laissez pas la peur de la solitude vous précipiter dans des décisions prématurées. Ne laissez pas non plus la culpabilité vous condamner à une vie que Dieu n'exige pas de vous.
Matthieu 6:33 dit : « Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par-dessus. »
Ne cherchez pas le mariage. Cherchez le Dieu du mariage.
Peut-être que votre chemin mènera à un nouveau mariage, béni et construit sur des bases saines. Peut-être qu'il mènera à une vie épanouie dans le célibat — comme Lilas, cette femme chrétienne qui témoigne dans le magazine SpirituElles que son célibat est devenu un choix de paix après des années de violence. Les deux chemins sont dignes. Les deux peuvent être voulus par Dieu.
Ce qui compte, ce n'est pas de trouver la réponse théologique « parfaite ». C'est de marcher avec Dieu dans l'honnêteté, de Lui confier votre avenir, et de Lui faire confiance pour vous conduire là où vous devez aller.
Car les bontés de l'Éternel ne sont pas épuisées. Ses compassions se renouvellent chaque matin. Et votre histoire — cette histoire-là, la vôtre — n'est pas encore terminée.
Cet article s'appuie sur plusieurs sources théologiques et pastorales, notamment le positionnement doctrinal de l'Église Protestante Évangélique de Villeurbanne-Cusset, l'enseignement de Derek Prince sur EMCI TV, le dossier de Christianisme Aujourd'hui sur le divorce chez les évangéliques, le témoignage publié dans SpirituElles, et la position de l'UEPAL sur le divorce et le remariage. Retrouvez bientôt ces réflexions et bien d'autres dans le livre « Divorce au sein de l'Église, et si on en parlait ? » d'Hélène Laplante.
Voici les liens en question où vous pourrez lire davantage sur le divorce et le remariage :
https://share.google/N4JWSt13UsOQOVlXx
https://www.epevc.org/divorce-et-remariage
https://emcitv.com/derek-prince/texte/divorce-et-remariage-2175.html
https://share.google/i8mjDE1bi5ikcmBdQ
https://share.google/lvooBiYBu8qWPVdIA