26. mai 2026
Cerveau vide
Ma mère me le disait. « Cerveau vide. » « Sèvo vid. » en créole haïtien.
C'était mon adolescence. Une petite phrase qui revenait, comme une blague. Pour elle, ça en était une. Pour moi, non. Mais je n'ai rien dit. Je l'ai rangée quelque part.
Vingt-cinq ans plus tard, elle revient. Mais elle ne me blesse plus. Elle me décrit.
Cerveau vide. C'est exactement ça.
Depuis mes deux embolies pulmonaires, mon corps ne m'obéit plus comme avant. Il décide. Moi, je suis. Descendre trois étages, c'est une expédition. En monter un, une montagne. Me doucher m'épuise. Respirer, parfois, me demande de l'attention.
Et ma tête. Une douleur à l'avant du crâne, comme s'il y avait un trou. Quand elle s'apaise, elle migre vers l'oreille droite, et tout autour me fait mal.
Il y a des appels à passer. Des messages vocaux à écouter. Des décisions qui attendent.
Et moi, je dors.
L'autre jour, je me suis levée à 16h pour appeler mon hébergeur. Quand je m'en suis souvenue, il était 17h40. Je ne savais plus pourquoi je m'étais levée.
Avant, ça m'aurait paniquée. Là, non.
Parce que j'apprends quelque chose. Quelque chose que je ne voulais pas apprendre.
Pendant des mois, j'ai cru que la procrastination était un défaut. Un échec de volonté. Un péché, presque.
Aujourd'hui je me demande si ce n'était pas mon corps qui parlait avant moi. Qui levait le pied pendant que ma tête, elle, voulait encore tout porter.
J'ai toujours été celle qui décide. Qui organise. Qui tient. Décision après décision, sans m'arrêter. Comme si ma valeur tenait dans ce que j'arrivais à abattre.
Et puis le corps a dit non.
Voilà ce que je découvre. Le repos n'est pas l'absence de foi. Il en est peut-être le cœur.
« C'est en vain que vous vous levez matin, que vous vous couchez tard, et que vous mangez le pain de douleur ; il en donne autant à ses bien-aimés pendant leur sommeil. » (Psaume 127 : 2)
Pendant leur sommeil. Dieu travaille pendant que je dors.
Quelle nouvelle pour quelqu'un comme moi.
Je croyais que tenir, c'était Lui faire confiance. Que tant que je portais, je tenais ma part.
Mais porter, c'était peut-être l'inverse. C'était dire : je n'ose pas Te laisser faire.
Aujourd'hui je n'ai pas le choix. Je n'ai plus la force de décider. Alors je laisse. Et dans ce lâcher, il y a une paix que je ne connaissais pas.
Cerveau vide. Oui.
Mais un vide qui n'est pas un manque. Un vide où il y a enfin de la place.
De la place pour Lui.
Quand mon corps me demande le repos, j'obéis. Je ne sais pas combien de temps durera cette saison. Je ne sais pas de quoi demain sera fait.
Mais je rends grâce. D'être en vie. De respirer, même quand c'est dur.
Et j'espère en Lui pour mon rétablissement.
Pas dans ma force. Dans la Sienne.
Il faut qu'en toutes choses gloire soit rendue à Dieu, par Jésus Christ à qui appartiennent la gloire et la puissance pour toujours ! Amen. 1 Pierre 4 NFC