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29. mai 2026

57 depuis janvier

Six féminicides en neuf jours, au début du mois de mai 2026. Et la violence ne s’est pas arrêtée. Au 16 mai, NousToutes recense 57 femmes tuées en France depuis le 1er janvier.

Temps de lecture : 5 minutes • Sources : #NousToutes — Mur de femmages 2026, Collectif Féminicides par Compagnons ou Ex, Fondation des Femmes, Les Nouvelles News. Liens directs en fin d’article.

Six.

C’est le nombre de féminicides conjugaux — c’est-à-dire commis par un compagnon ou ex-compagnon — recensés en neuf jours au début du mois de mai 2026. Six femmes tuées par celui qu’elles avaient aimé, ou qui prétendait les aimer. Six prénoms ajoutés à une liste qui s’allonge depuis trop d’années.

Mais ce chiffre de six, déjà insupportable, ne dit pas tout. Selon le décompte du collectif #NousToutes, qui recense tous les féminicides — pas seulement conjugaux — depuis le début de l’année 2026, ce sont 57 femmes qui ont été tuées en France au 16 mai. Cinquante-sept. Soit plus d’une femme tous les trois jours.

Les six femmes de mai — leurs prénoms

Avant tout chiffre, avant toute analyse — leurs noms. Parce que ce sont des vies, pas des statistiques.

Angelyne Taillefer. 29 ans. Tuée le 1er mai à Agen (Lot-et-Garonne), égorgée par son ex-compagnon entre le canal et la voie ferrée. Mère d’une fillette de 5 ans. Elle avait déposé plusieurs mains courantes contre lui. Une marche blanche a été organisée en sa mémoire le 16 mai.

Sylvie Godart. 64 ans. Tuée le 1er mai à Pierre-de-Bresse (Saône-et-Loire), abattue par son ex-mari, qui s’est ensuite suicidé. Il la harcelait et la menaçait quotidiennement depuis leur séparation, une semaine plus tôt. Les gendarmes avaient été appelés à plusieurs reprises. Ils n’ont pas pu la protéger.

Denise. 54 ans. Tuée le 4 mai à Sarreguemines (Moselle), poignardée par son mari, qui s’est ensuite suicidé. Il avait déjà été condamné pour violences conjugales.

Chloé. 14 ans. Tuée le 6 mai à Fère-en-Tardenois (Aisne), poignardée par un homme de 23 ans qu’elle avait dû fréquenter depuis ses 12 ans — ce qui est, en droit français, de la pédocriminalité. Elle avait rompu quelques jours plus tôt. Il l’a tuée.

Céline. 25 ans. Tuée le 7 mai à Paris, battu puis noyée dans sa baignoire par son compagnon, qui a fui par la fenêtre avant l’arrivée de la police. Il a été interpellé six jours plus tard et a avoué les faits.

Angeline Le Bihan. 40 ans. Tuée le 8 mai à Villers-en-Arthies (Val-d’Oise), abattue par son ex-compagnon, un policier municipal. Il a également tué leurs deux filles — Jade, 13 ans, et Ambre, 9 ans — avant de se suicider. Ce féminicide est aussi un double infanticide. Trois vies arrachées ce jour-là.

Angelyne. Sylvie. Denise. Chloé. Céline. Angeline. Six prénoms. Et derrière chacun, des enfants, des parents, des amies — et une mort que rien n’aurait dû rendre nécessaire.

Et ça ne s’est pas arrêté

La mobilisation du 11 mai a voulu mettre un coup de projecteur sur ces six féminicides en neuf jours. Mais pendant que les associations manifestaient, le compteur continuait de tourner.

Le 7 mai, à Marseille, une femme de 31 ans était retrouvée morte au pied de son immeuble. Son conjoint, présent dans l’appartement, a été interpellé.

Le 8 mai, au Havre, Pascale, 69 ans, était défenestree depuis son appartement par un homme qu’elle hébergeait.

Le 15 mai, à Saint-Prix (Val-d’Oise), une femme de 68 ans était retrouvée étranglée au bord d’une route. Son mari a reconnu les faits.

Le 16 mai, à Ivry-sur-Seine, Sandrine, 63 ans, était poignardée à mort par son fils. Une mesure d’interdiction de paraître au domicile avait été requise par le parquet. Le juge l’avait refusée.

C’est ainsi que fonctionne ce fléau. Pas par épisodes. Pas par vagues. En continu. Tous les jours.

57 depuis janvier — ce que dit le décompte

Le collectif #NousToutes tient, en temps réel et tout au long de l’année, un « Mur de femmages » qui liste chaque féminicide recensé en France. Sa méthodologie est large — elle ne se limite pas aux féminicides conjugaux, mais inclut tous les meurtres de femmes en raison de leur genre : matricides, sororicides, meurtres sur le lieu de travail, meurtres de femmes trans.

Au 16 mai 2026, le décompte s’élève à 57 féminicides depuis le 1er janvier. Cinquante-sept prénoms sur ce mur. Dont certains que vous n’avez jamais entendus dans aucun journal.

Miora, 46 ans, Bois-Colombes — son mari l’a poignardée, blessant aussi leur fille de 9 ans. Fatima, 44 ans, Chavanoz, égorgée à son domicile. Audrey, 40 ans, Vailhourles, étranglée et retrouvée morte au Portugal — son ex-mari, policier, appartenant à la mouvance masculiniste. Angela, 26 ans, également tuée par cet homme. Judith, 33 ans, Esbly, tortured et mutilee. Lucy, 22 ans, Peynier, abattue dans l’appartement de son compagnon.

Des vies. Des prénoms. Une liste qui n’aurait pas dû être écrite.

Depuis le 1er janvier 2026, au moins 25 enfants ont perdu leur mère à cause d’un féminicide. 25 enfants orphelins. Ce chiffre-là, personne n’en parle.

Ce que Marie-Charlotte Garin a dit à l’Assemblée

Le 19 mai, la députée écologiste Marie-Charlotte Garin a interpellé le Premier ministre à l’Assemblée nationale. Sa parole mérite d’être relayée intégralement :

« Monsieur le Premier ministre, parce que cela devrait être votre priorité, c’est à vous que je m’adresse, même si vous ne savez pas ce que c’est de trembler quand les clés tournent dans la serrure et que les placards claquent. En neuf jours, six femmes ont été tuées par leur conjoint ou leur ex-conjoint. Le temps passe, les associations alertent, les moyens manquent et les femmes meurent. Vous êtes responsables des morts qu’on aurait pu éviter. »

Derrière cet affrontement, c’est l’absence de loi cadre forte qui est dénoncée. En Espagne, une loi intégrale contre les violences de genre a été adoptée en 2004. Depuis, le nombre de féminicides y a été divisé par deux. En France, la « grande cause du quinquennat », proclamée depuis dix ans, n’a toujours pas abouti à cette loi. Et les subventions aux associations féministes ont baissé de 18 % en 2025.

Ce que ces noms nous demandent

Quand je publie sur ce blog des articles sur les violences conjugales, le harcèlement de rue, le mariage forcé, l’agresseur connu de la victime, je pose chaque fois la même question : et nous, qu’est-ce qu’on fait ? Ces noms — Angelyne, Sylvie, Denise, Chloé, Céline, Angeline, Jade, Ambre, et les 49 autres depuis janvier — la posent avec une urgence que je n’ai pas les mots pour décrire.

Trop tard pour les protéger. Pas trop tard pour les nommer. Pas trop tard, surtout, pour exiger que leurs morts servent à quelque chose. À ce que l’État cesse de rogner les budgets des associations qui, concrètement, sauvent des vies. À ce que la loi cadre tant attendue soit enfin votée. À ce que les signalements soient pris au sérieux — pour Sylvie, pour Denise, il était encore temps.

Les gendarmes avaient été appelés plusieurs fois avant la mort de Sylvie. Il avait déjà été condamné pour violences conjugales avant de tuer Denise. Ce ne sont pas des drames inévitables. Ce sont des échecs systémiques.

Si vous, ou quelqu’un autour de vous, êtes en danger

3919 — Violences Femmes Info. Gratuit, anonyme, 7 jours sur 7. Pour toutes les violences faites aux femmes.

17 ou 112 — Police, Secours. En cas de danger immédiat. N’attendez pas.

116 006 — France Victimes. Aide juridique et psychologique gratuite, partout en France.

stop-abus.fr — Service d’écoute spécialisé en milieu chrétien, indépendant des institutions.

Et sur ce site, la rubrique « Numéros utiles dans la francophonie » rassemble les ressources pour la France, la Belgique, la Suisse, le Québec, l’Afrique francophone et la Caraïbe : www.helenelaplante.com/violences-conjugales/

Mise à jour du 20 mai

Au moment où cet article paraît, le compteur a encore avancé.

Le mercredi 20 mai 2026, à Antibes (Alpes-Maritimes), une femme de 52 ans a été retrouvée morte à son domicile. Son compagnon de 62 ans, qu’elle avait découvert à son éveil inanimé à ses côtés selon ses propres déclarations, a été immédiatement placé en garde à vue. L’autopsie devra établir les causes exactes du décès, mais des éléments compatibles avec un syndrome asphyxique ont été constatés sur le corps.

Ce qui est certain, en revanche, c’est le profil de cet homme. Le parquet de Grasse l’a rappelé sans ambiguïté : il avait déjà été condamné en 2011 par la Cour d’assises des Alpes-Maritimes pour meurtre par conjoint. Il a été placé en détention provisoire et mis en examen pour homicide volontaire sur conjointe, en état de récidive légale.

Il avait déjà tué une femme. La justice l’avait libéré. Et il a recommencé.

Ce cas à lui seul dit tout ce qu’il faut comprendre sur les défaillances systémiques. Non pas qu’on ne savait pas. Non pas qu’on ne pouvait pas prévoir. Mais parce que les outils de suivi, de surveillance, de protection des victimes potentielles d’un condamné pour féminicide n’ont pas fonctionné. Ou n’ont pas été utilisés.

Son prénom à elle n’a pas été communiqué par les autorités. Elle avait 52 ans. Elle vivait à Antibes. Et elle mérite, elle aussi, d’être nommée ici, le jour où son prénom sera rendu public.

Source : 20 minutes / Parquet de Grasse, 23 mai 2026 : https://www.20minutes.fr/societe/4225069-20260523-antibes-femme-retrouvee-morte-compagnon-deja-condamne-feminicide-place-detention-provisoire

Sources et liens directs

#NousToutes — Mur de femmages 2026 (décompte en temps réel, liste nominative de chaque féminicide depuis le 1er janvier). https://www.noustoutes.org/comprendre-les-chiffres/mur-de-femmages-2026/

Les Nouvelles News — « Vous êtes responsables des morts qu’on aurait pu éviter » : le discours de Marie-Charlotte Garin à l’Assemblée nationale, 19 mai 2026. https://www.lesnouvellesnews.fr/vous-etes-responsables-des-morts-quon-aurait-pu-eviter-marie-charlotte-garin-hausse-le-ton/

France 3 Nouvelle-Aquitaine — Marche blanche pour Angelyne Taillefer, Agen, 16 mai 2026. https://france3-regions.franceinfo.fr/nouvelle-aquitaine/lot-et-garonne/agen/quand-une-femme-alerte-quelle-reponse-il-y-a-en-face-la-colere-et-l-emotion-a-la-marche-blanche-pour-angeline-victime-d-un-feminicide-3351916.html

Collectif Féminicides par Compagnons ou Ex — Décompte des féminicides conjugaux en temps réel. https://www.facebook.com/feminicidesparcompagnonsouex/

▸ Fondation des Femmes — Ressources et plaidoyer. https://fondationdesfemmes.org/

Cet article complète la série « Une seule violence » publiée sur Instagram (@laplante_helene) et sur ce blog. Il prolonge la réflexion de mon livre « Violences conjugales, et si on en parlait ? Regards d’une chrétienne évangélique sur un fléau trop longtemps ignoré », à paraître prochainement.

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